La légende de Beaumont en Hainaut
« Charles-Quint et les trois Auvergnats »

Les 2, 3 et 4 octobre 2020

Contact: info@legende-beaumont.be - Dernière mise à jour: Le 03/02/2017

1878 - Théodore Bernier

Dans son Histoire de la Ville de Beaumont, Théodore Bernier explore différentes facettes de la vie d’antan : l’organisation militaire, l’organisation seigneuriale, la vie communale, les métiers anciens… Dans le chapitre qu’il consacre aux manifestations folkloriques beaumontoises, il évoque la première reconstitution de la légende des Trois Auvergnats et il en donne en même temps la plus ancienne version écrite connue à l’heure actuelle.

Le 12 février 1872, les membres de la commission organisatrice de la cavalcade de 1871 donnèrent la représentation de Charles-Quint et les trois Auvergnats, légende apocryphe qui a donné lieu à un dicton assez singulier :

« Ville de Beaumont, ville de malheur ! Arrivés à midi, pendus à une heure ! »

Voici cette légende :

« Il y avait à Avesnes (d’autres disent à Chimay ou à Philippeville), trois colporteurs auvergnats qui se préparaient à venir à Beaumont. Par malheur, au déjeûner, ils avaient trop fêté la dive bouteille. L’heure du départ venue, ils eurent toutes les peines du monde pour charger et emporter leurs balles ; ils suaient, soufflaient, se démenaient, les soulevaient à peine d’un demi-pied et plus vite les laissaient retomber, criant qu’il fallait que Lucifer se fût mis au fond.

Un quidam les regardait du coin de l’œil et ricanait.

Ce que voyant, un des colporteurs lui dit, jetant sa balle à ses pieds :

- A ton tour, muscadin ! Voyons si tu t’en tireras mieux que nous !

L’autre, sans mot dire, prit l’énorme ballot, et se le jeta lestement sur l’épaule, comme il eût fait d’un simple oreiller.

- Ah ! c’est ainsi ! hurlèrent les porte-balle, plus furieux encore qu’avant. Eh bien ! camarade, puisque tu as les reins si solides, tu te chargeras des trois paquets.

Et tombant sur le malheureux à grands coups de pieds, à grands coups de poings, ils le forcèrent d’enlever l’énorme fardeau, et le firent marcher devant eux, plié en deux, jusqu’à Beaumont.


Mais à Beaumont, changement à vue :

Voilà tout-à-coup qu’aux portes de la ville on rencontre le gouverneur, le mayeur et les jurés escortés des serments. Jugez de la stupéfaction de nos trois colporteurs en voyant les magistrats qui saluent jusqu’à terre leur victime.


L’homme aux trois ballots, de son côté, se redresse, jette ses paquets au nez des trois bourreaux, et dit d’une voix impérative :


- Qu’on empoigne ces gaillards-là, et qu’on leur dresse une belle potence au milieu de la place du Marché.

Les malheureux avaient eu la malchance de plaisanter avec Sa Majesté Charles-Quint en personne. Et ce fut ainsi qu’une heure plus tard ils donnèrent naissance au dicton rapporté ci-dessus, et amusèrent toute la population de leurs contorsions entre ciel et terre.


Théodore Bernier, Histoire de la  ville de Beaumont, dans Mémoires et publications de la Société des Sciences, des Arts et des Lettres du Hainaut, IVème série, t. IV, Mons, 1878, p. 319-320)