La légende de Beaumont en Hainaut
« Charles-Quint et les trois Auvergnats »

Les 2, 3 et 4 octobre 2020

Contact: info@legende-beaumont.be - Dernière mise à jour: Le 03/02/2017

1968 - Arthur Robert

Historien local très attaché à sa bonne ville de Beaumont et fin connaisseur de son histoire, Arthur Robert avait été chargé par le Syndicat d’Initiative de rédiger un livret à l’usage du touriste de passage. L’opuscule n’aurait pas été complet s’il n’y avait inséré cette version très vivante de notre légende.


Il était, un jour de l’an de grâce 1549, trois colporteurs, Auvergnats de surcroît, qui, attirés par la nouvelle d’une visite de l’empereur Charles-Quint à Beaumont, cheminaient vers cette ville lourdement chargés de leurs hottes et de leurs ballots, ils approchaient lentement de la cité, supputant le profit qu’ils réaliseraient de la vente de leurs marchandises. Mais la route était longue, le soleil tapait dur car la matinée s’avançait ; de plus, la bonne bière bue au cours de leurs fréquents arrêts leur avait amolli les jambes.


C’est à ce moment qu’ils entendirent le trot d’un cheval et qu’ils virent avancer un cavalier de belle prestance, mais vêtu simplement. Les trois compères se concertèrent d’un clin d’œil et, laissant tomber leur charge, se lancèrent à la bride du cheval. Après avoir forcé le cavalier à mettre pied à terre, ils chargèrent la monture de leurs colis et, abandonnant leur victime, ils hâtèrent l’allure vers Beaumont.


Midi sonnait lorsqu’ils pénétrèrent dans la ville et qu’en sortait un groupe de cavaliers de haute condition mais dont la mine trahissait l’inquiétude.


La raison en était que l’empereur Charles-Quint s’était éloigné de la ville, sans escorte, pour une promenade à cheval et que, depuis près d’une heure, le Comte de Beaumont attendait le retour de son souverain. Quelle ne fut pas la surprise du Comte de Beaumont de rencontrer Charles-Quint à quelques 1500 mètres de la ville, avançant d’un pas vif et les traits déformés par la colère. En quelques mots, il  mit le seigneur de Beaumont au courant de sa mésaventure, ordonna que prompte et exemplaire justice suive. Car c’était l’empereur que les trois Auvergnats avaient dépouillé de sa monture.


Quelques minutes plus tard, la troupe avait regagné la ville, dont les portes furent aussitôt fermées ; la prévôté n’eut aucune peine à mettre la main sur les trois malandrins qui, ignorant la qualité du volé, n’avaient pris nul soin d’abandonner la monture.


Le gouverneur les condamna incontinent à être pendus et, tandis que le greffier criminel annonçait la sentence à la foule massée devant la maison de ville, un gibet à trois branches était dressé ; entravés, les trois Auvergnats furent traînés au pied du gibet puis, la corde au cou, furent hissés en haut de la potence. Une heure sonnait au clocher de Beaumont.


Telle est, suivant la légende, l’origine du distique tragique :


Ville de Beaumont,

Ville de malheur;

Arrivés à midi,

Pendus à une heure.


Arthur Robert, Beaumont –en- Hainaut et sa tour Salamandre. Petit guide historique,  Beaumont, Syndicat d’Initiative, 1968, p. 30-31.