La légende de Beaumont en Hainaut
« Charles-Quint et les trois Auvergnats »

Les 2, 3 et 4 octobre 2020

Contact: info@legende-beaumont.be - Dernière mise à jour: Le 02/02/2017

L’époque des Croÿ, un âge d’or pour la Ville

En 1433, Jacqueline de Bavière, comtesse de Hainaut, cède ses domaines patrimoniaux à Philippe le Bon, duc de Bourgogne. Antoine de Croÿ qui avait prêté de l’argent au duc pour le soutenir dans sa lutte contre les Gantois et dans celle qu’il menait au pays de Luxembourg, reçut à titre d’engagère - car le duc ne pouvait le rembourser - les villes, château, terre et seigneurie de Beaumont. C’est ainsi qu’en 1453 Antoine de Croÿ devint seigneur de Beaumont et que cette famille illustre entra dans l’histoire de notre ville. Charles-Quint transforma l’engagère en possession définitive, en 1517, en faveur de Guillaume de Croÿ-Chièvres et renonça à la faculté de rachat qu’il s’était réservé. En 1519, l’empereur éleva cette seigneurie au rang de comté. Notons que sa sœur, Marie de Hongrie, séjourna au château de Beaumont en 1538. Elle y revint en 1540 avec Charles-Quint qui, accompagné cette fois de son fils, le futur Philippe II, fut reçu ici avec les honneurs et fastes en 1549 escortés d’une cour aussi prestigieuse que nombreuse dont le bon peuple de Beaumont garda longtemps le souvenir.


Désormais et jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, Beaumont fut le siège d’un comté incorporé au comté de Hainaut. L’époque des Croÿ jusqu’à la mort de Charles de Croÿ en 1612 est considérée comme un âge d’or pour notre ville. Le commerce s’y développe, la population augmente et jouit d’une certaine quiétude à l’intérieur des murs qui ceinturent la cité. Le château de Beaumont devint vers 1520 leur résidence de prédilection. Les Croÿ l’aménagent et transforment peu à peu l’austère manoir médiéval en une somptueuse résidence.C’est Philippe de Croÿ, comte de Beaumont de 1551 à 1595, qui entreprit les premiers travaux importants. Mais c’est à son fils Charles, né à Beaumont en 1560 et y décédé en 1612 que nous devons des informations sur l’état de ces constructions. Charles de Croÿ avait fait de Beaumont sa résidence favorite. Il y menait grand train entouré d’une multitude de personnes dévouées à son service et occupant des fonctions bien précises. On ne le présente plus aujourd’hui tant il a fait l’objet de nombreuses publications signées par les plus éminents historiens du Hainaut et de notre pays. On le connaît surtout parce qu’il fit réaliser par le peintre valenciennois Adrien de Montigny et par son atelier les vues à la gouache sur parchemin représentant les villes, les villages, les châteaux et bien d’autres choses encore, connues sous le nom d’albums de Croÿ… et se rapportant à ses nombreux domaines disséminés partout en Hainaut et dans les pays d’alentour.


… Ainsi le Besoigné de Beaumont rédigé en 1610 par François Liénard, son secrétaire, et repris ensuite dans un cartulaire de 1623, nous apprend que « Son Excellence a une maison et palays en sa dicte ville de Beaumont, digne de sa grandeur et remarquable tant par la beauté des bastimens que les commoditez que s’y retrouvent d’une infinité de chambres, d’une salle très grande, de pluisieurs aultres salles, sallettes, garderobes, oratoire et galleries hault et bas, chambres des comptes, librairie, chappelle, cuysines, sommeilleries et aultres offices doubles, caves et greniers retraicts par des galleries, haultes et basses, à la thour Salamandre, qui est munie et fortifiée de pluisieurs pont-levis et portes de fer, embellie encore de galleries nouvelles faictes allant tant à la thour Sainte-Barbe (aujourd’hui tour à l’Amour) qui a esté haussée de trois étages (…) desquelles galleries le jardin est environné, estant au reste, accommodée de belles escuyeries et bassecourt. Lequel hostel et maison et ce qu’en dépend, son Excellence réserve et retient pour sa demeure et son plaisir. » […]

Veuf en 1605 de Marie de Brimeu dont il vivait séparé, Charles de Croÿ épousa à Mons l’année suivante Dorothée de Croÿ-Havré, sa cousine. Il se retira, alors des affaires publiques et vécut principalement au château de Beaumont « avec plus de joye, contentement, paix et repos que je n’ai faict du passé » ainsi qu’il l’écrit lui même dans ses mémoires. A l’occasion de la Joyeuse Entrée de la nouvelle comtesse de Beaumont, un grand banquet fut offert par la municipalité et eut pour cadre l’Hôtel de ville en présence de « gentilshommes, dames d’honneur, damoiselles, tous les principaux de leur suite, les sieurs gouverneur, pasteur, magistrat et aulcuns mayeurs de ladite comté et s’y fit très bonne chière buvant à la ronde à la santé prospérité et heureux mariage de leurs dites Excellences, lesquelles se trouvaient fort contentes et fort allègres ». Ensuite, Charles et Dorothée se mélèrent à la population rassemblée sur la grand’place et se mirent à danser avant de se retirer « en leur dit palais » escortés par des porteurs de flambeaux.

Dans sa retraite de Beaumont, Charles de Croÿ se constitua une riche bibliothèque à laquelle il annexa une importante galerie de tableaux réalisés par les plus grands maîtres de l’art pictural de son temps et une collection de médailles et des antiquités. Décédé à Beaumont le 13 janvier 1612 et ne laissant pas de postérité légitime, il légua par testament ses domaines de Beaumont et de Chimay à son neveu, fils d’Anne de Croÿ, Charles d’Arenberg, en ordonnant toutefois que ses biens seraient vendus « pour le prix en être distribués à ses héritiers, lesquels devaient le remployer au rachat, des dites terres ».

Un codicile de son testament , rédigé le 3 juillet 1610, explique cette clause qui paraît singulière au premier abord, mais qui était fréquente à l’époque: « Le testateur, craignant que les souverains des Pays-Bas ne fussent poussés et intrigués par aulcuns de leurs ministres ou aultres de vouloir aspirer de prétendre à aulcunes des dites terres, par voie de retraicte dominicale, comme estant seigneurs directs ».

Alexandre d’Arenberg fut déclaré acquéreur et prit alors selon la volonté de son oncle, le nom de Croÿ-Chimai-Arenberg.


Heureusement que les collections de Charles de Croy passèrent entre les mains de ses héritiers et furent enlevées du château de Beaumont car sans cela il eut été impossible que l’ensemble des albums et l’intérêt documentaire qu’ils représentent soit parvenu jusqu’à nous. En effet, un drame qui allait anéantir la ville close avec ses monuments prestigieux y compris son magnifique château y aurait réduit en cendres une documentation inestimable.


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« L’ancien château des Princes de Caraman-Chimay à Beaumont - Un site historique du Xie siècle à nos jours / Arthur Robert / Office du tourisme - Beaumont »


Miniature en noir et blanc issue de « Beaumont en cartes postales anciennes par Charles Clocherieux et Madame Sellière-Charon - Bibliothèque Européenne - Zaltbommel / Pays-Bas MCMLXXIV